RGPD et IA en 2026 : ce que change l'AI Act pour votre site
Chatbot IA, moteur de recommandation, scoring client : l'IA s'est glissée partout sur les sites web. L'AI Act européen est entré en vigueur en 2024 et ses obligations s'appliquent désormais. Voici ce qui change concrètement — et ce que vous devez faire avant la fin 2026.
Calendrier AI Act : où en sommes-nous en 2026 ?
L'AI Act (Règlement UE 2024/1689) a été publié au Journal officiel de l'UE le 12 juillet 2024 et est entré en vigueur le 1er août 2024. Son application est progressive selon les catégories de risque :
Pratiques d'IA interdites
Manipulation subliminale, exploitation des vulnérabilités, notation sociale généralisée, reconnaissance faciale en temps réel dans les espaces publics.
Modèles IA à usage général (GPAI) et transparence
Obligations de transparence pour les systèmes à risque limité (chatbots, deepfakes). Les fournisseurs de modèles fondation (GPT, Claude, Gemini) doivent documenter leurs systèmes.
Systèmes IA à haut risque
Évaluation de la conformité, documentation technique, enregistrement dans la base EU IA, supervision humaine obligatoire pour recrutement, crédit, justice, santé.
AI Act et RGPD : deux textes complémentaires
Une confusion fréquente : penser que l'AI Act remplace ou suspend le RGPD pour les systèmes IA. C'est faux. Les deux règlements s'appliquent en parallèle, avec des champs d'application distincts mais souvent superposés :
| Dimension | RGPD | AI Act |
|---|---|---|
| Objet principal | Protection des données personnelles | Sécurité et transparence des systèmes IA |
| Qui est visé | Responsable de traitement | Fournisseur et déployeur d'IA |
| Sanction max | 4 % CA ou 20 M€ | 6 % CA ou 35 M€ |
| Droits individuels | Accès, effacement, portabilité, décision automatisée | Transparence, recours humain (haut risque) |
Cas concrets : l'IA sur votre site sous le double prisme RGPD + AI Act
Cas 1 — Chatbot IA (support, FAQ, qualification lead)
Un chatbot alimenté par GPT-4 ou Claude traite nécessairement des données personnelles dès que l'utilisateur tape son nom, email, numéro de commande. Sous le RGPD : traitement de données personnelles, base légale requise (intérêt légitime ou exécution du contrat pour le support), durée de conservation à définir, sous-traitant (OpenAI/Anthropic) à encadrer via DPA. Sous l'AI Act : système à risque limité, obligation de transparence — l'utilisateur doit savoir qu'il interagit avec une IA (mention visible dans l'interface).
Cas 2 — Scoring client ou lead scoring
Un système qui attribue un score à chaque visiteur (propension à acheter, risque de churn, qualité de lead) basé sur le comportement ou des données démographiques. Sous le RGPD : constitue du profilage au sens de l'Art. 4(4), et potentiellement une décision automatisée au sens de l'Art. 22 si ce score déclenche automatiquement une action discriminante (offre refusée, accès restreint). Obligation d'information, droit d'accès au score, et droit d'intervention humaine. Sous l'AI Act : selon l'usage, peut être classé haut risque (scoring de crédit, scoring de recrutement).
Cas 3 — Moteur de recommandation (e-commerce, contenu)
"Les clients qui ont acheté X ont aussi acheté Y" ou "Articles recommandés pour vous" : ces systèmes constituent du profilage RGPD. La base légale est généralement l'intérêt légitime (Art. 6(1)(f)) pour la personnalisation commerciale — à condition que l'intérêt du responsable de traitement prévale sur celui de la personne, ce qui n'est pas automatique pour les mineurs ou les catégories sensibles. Sous l'AI Act : risque minimal si purement commercial et sans effets significatifs. Mais si la recommandation influence l'accès à des services essentiels, le niveau de risque monte.
Votre site traite-t-il des données via IA sans base légale documentée ?
Auditez vos traceurs, scripts IA et sous-traitants en 60 secondes avec RGPDScan.
Obligations pratiques si vous utilisez ChatGPT/Anthropic dans vos outils B2B
De nombreuses PME utilisent les API OpenAI ou Anthropic pour automatiser la rédaction, l'analyse de documents clients, la génération de réponses support, ou la synthèse de données commerciales. Dès que des données personnelles transitent par ces API, les obligations RGPD s'appliquent :
- Signer le DPA — OpenAI propose un Data Processing Agreement pour les offres API Business (disponible dans les paramètres du compte). Anthropic dispose de clauses contractuelles similaires pour ses offres Enterprise.
- Désactiver l'entraînement sur vos données — Par défaut, certaines offres utilisent vos inputs pour entraîner les modèles. Pour les offres API, cela est généralement désactivé. Vérifiez les paramètres et documentez-le dans votre registre.
- Anonymiser avant d'envoyer — Si possible, anonymisez ou pseudonymisez les données personnelles avant de les inclure dans les prompts. Remplacez les noms par des identifiants. Cela réduit considérablement le risque.
- Documenter dans le registre Art. 30 — Créez une entrée "Traitement IA" dans votre registre avec : finalité, base légale, catégories de données, sous-traitant (OpenAI LLC / Anthropic PBC), localisation USA + mécanisme de transfert DPF.
Pour les modèles hébergés sur infrastructure européenne (ex. Azure OpenAI avec région EU, Mistral AI en France), le risque de transfert hors UE est supprimé. C'est une option à considérer pour les traitements les plus sensibles.
Pour aller plus loin
- Checklist conformité RGPD 2026
- Registre des traitements RGPD : guide complet
- DPA sous-traitant RGPD : la clause manquante
- RGPD pour SaaS et outils B2B
- Amendes CNIL 2026 : ce qui expose votre site